De la trace à la trame, l'Harmattan

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Pierre
VINCENT

Architecte-informaticien

 

Représenter les dimensions 3 et 4 (volume et temps)

Du pittoresque à l’opérationnel

Depuis la généralisation de l’usage des SIG
(Systèmes d’Information Géographiques), la représentation en plan s’est imposée
en géographie urbaine jusqu’à devenir le système de représentation exclusif.

Les représentations « pittoresques »
(axonométries, perspectives) qui offraient un point de vue orienté et global
sur une « scène » en proposant une description physique de l’architecture,
des pentes, des dessus et des dessous sont désormais reléguées dans le registre
pittoresque.

Aujourd’hui, les techniques de représentation
numériques nous offrent l’opportunité de renouer avec ces pratiques
tridimensionnelles pour des raisons qui ne relèveraient pas uniquement de la
communication à l’intention du plus grand nombre mais plutôt afin d’offrir un
point de vue global sur un site et sur son comportement dans le temps.

Les représentations perspectives et les
projections axonométriques nous offrent des points de vue globaux susceptibles
de rendre compte de la complexité topographique et topologique d’un système
urbain. Associés à une représentation diachronique (affichage successif
d’images variant avec le temps), ces vues peuvent porter une évaluation du
comportement du développement du réseau viaire.

La perspective et l’axonométrie qui ont longtemps
été ressenties par les professionnels comme des représentations dédiées au
profane, doivent désormais être acceptées comme des outils globaux et
opérationnels, a fortiori lorsqu’ils sont dotés de la capacité de figurer le
mouvement.

 

Description
des expérimentations mises en œuvre 

Le groupe de recherche Morphocity mène des
expérimentations sur des modèles numériques tridimensionnels qui figurent des
territoires et des agglomérations.

Sur un socle topographique artificiel, des
points représentant des carrefours potentiels sont dispersés aléatoirement. La
proximité entre ces points suscite par le calcul la création de rues ; en
deçà d’une certaine distance, un segment relie deux points. Les
« carrefours » peuvent recevoir un ou plusieurs segments. Ce système
simple, paramétrable dans ses seuils, permet de figurer la croissance d’un
réseau, sa réaction à la pente, à la topographie ainsi que sa logique de
développement dans le temps.

L’affichage successif d’images illustrant
plusieurs états donne à voir une représentation animée de l’évolution du
système, de sa morphogenèse. La comparaison de ces primitives géométriques et
le contrôle des rapports qu’ils entretiennent permettent, par le calcul, de
simuler un comportement, la genèse d’un système. Il est frappant, par expérience,
de  constater à quel point une variation initiale
d’apparence anecdotique peut conditionner la forme générale du système final. Ces
outils sont destinés, à terme, à s’appliquer dans des Systèmes d’Information
Géographique.

 

Vers
un système de représentation

Nous disposons à travers les calculs réalisés
par la visualisation numérique de moyens de représentation qui rendent compte
simultanément des 3 axes X, Y et Z et de l’écoulement du temps. Ces
représentations diachroniques et tridimensionnelles permettent d’introduire dans
l’analyse du système viaire des notions aussi triviales que  droite/gauche, nord/sud, est/ouest, dessus/dessous.

Les simulations de croissance et de stress de
systèmes viaires permettent de percevoir les transitions entre un système tramé
et un système répondant à une géométrie locale.

Ces simulations sur une topographie complexe
portent dans une phase préparatoire sur des géométries régulières, facilement
identifiables. Sont ensuite progressivement introduits des points et des
segments qui appartiennent à une géographie réelle. Les réactions et
interactions entre systèmes peuvent ainsi être observés. Des tensions entre
groupes (agglomérations) sont identifiables. Deux groupes (points densément
interconnectés) même assez distants provoquent la création d’un axe d’un ordre
supérieur qui va réaliser leur connexion.

 

Échelles
de représentation / Échelles de perception  

De la même façon qu’un réseau viaire
« craque » (les voies n’assurent plus la connexion) lorsqu’il est
soumis à de trop brutales contraintes topographiques, nos systèmes de
représentation ne résistent pas à toutes les échelles. Ils doivent s’adapter au
degré de résolution qu’ils portent.

L’hypothèse initiale du groupe Morphocity
repose sur le constat suivant lequel, à une certaine échelle globale d’un
système urbain, la structure viaire suffirait à figurer la ville sans qu’il
soit nécessaire d’y représenter le bâti ni les activités de ses occupants. À
quelle échelle cette proposition est-elle valide ?

À partir d’une certaine échelle (dimension
relative de la représentation), la rue n’est plus caractérisée par les
bâtiments qui la bordent et les activités humaines qu’elle accueille mais peut
être figurée comme un simple segment qui relirait un segment à un autre segment
(ou un carrefour à un autre carrefour). À cette échelle, la rue ne deviendrait
que le support d’un déplacement potentiel.

Cet étrange glissement de sens depuis la petite
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(figuration des lieux bâtis ou ouverts), vers la grande échelle (figuration
d’un déplacement potentiel, d’une liberté d’aller et venir) définit non
seulement l’espace public mais aussi le sens de la cartographie urbaine.

La représentation glisse du « où
suis-je ? » à « où puis-je aller ? », « jusqu’où et comment
puis-je me déplacer ? »

A l’échelle territoriale, les objets fixes (le bâti
notamment, mais aussi les objets « naturels ») n’ont plus lieu d’être
représentés, seule la possibilité de mouvement (la liberté) reste décrite graphiquement
et traduite géométriquement. Les constructions sont gommées au profit d’une
représentation d’un réseau.

Puisqu’une échelle est le rapport entre la
mesure d'un objet réel et la mesure de sa représentation, le bâti s’efface au
profit de la voie. Cette homothétie, si elle conserve les proportions des
éléments entre eux et conserve la topologie du système, affecte les dimensions
et la nature des éléments représentables et convoque des modes de
représentation qui ne relèvent plus de la simple imagerie.

 

 

Interférences de
trame, interférence d’échelles :

De nombreux exemples de villes semblent être le
résultat d’interférences entre deux systèmes historiques (ville médiévale /
trame agricole, centuriation / enceinte défensive). Les différentes échelles
appellent des niveaux de compréhension et d’analyse distincts, parfois
entrelacés, parfois superposés. Il s'agit d’interférences de systèmes qui
peuvent susciter des interférences d’interprétations. Les échelles et les
systèmes cohabitent, interfèrent, résistent, sont réutilisés, se substituent à
d’autres... La difficulté de l’interprétation réside dans l’intrication de
logiques distinctes qui rend difficile la lecture de phénomènes immédiatement
identifiables. Les phénomènes d’interférences induisent des mises en
résonances, des inhibitions, des neutralisations. Ces phénomènes de
superposition de réseaux peuvent engendrer une  cohabitation, de la substitution et de la
réutilisation ou encore rester à l’état d’interférence.

 

La mutation de ces systèmes comporte elle-même
une inertie. Le réseau viaire ne serait-il pas la rémanence, la persistance de
nécessités qui auraient résisté au temps ? 

Les observations de superpositions de systèmes
prennent une pertinence particulière lorsqu’il s’agit de superstructure (une
autoroute en viaduc) ou d’infrastructure (réseau de chemin de fer
métropolitain) qui se superposent ou se glisse sous un réseau viaire.



La
carte : l’expression de la liberté.

La représentation au travers de la carte nous
interroge sur la réalité de la ville contemporaine à grande échelle.
La carte nous interroge sur la
mobilité et sur la représentation démocratique.

En fonction des échelles, en fonction du degré
de résolution, la carte affiche successivement le bâti qui s’efface
progressivement au profit des  voies de
communication. La représentation à petite échelle du bâti privilégie donc l’expression
de la propriété privée. À grande échelle c’est l’espace public et le lieu de la
mobilité qui s’exprime.

Le citoyen du XXIème siècle est de plus en plus
mobile ; son lieu de travail est distinct et de plus en plus éloigné de
son domicile. En France, la distance entre domicile et lieu de travail a
doublée en 20 ans. La représentation de sa réalité quotidienne correspond à une
carte à grande échelle alors que son système de représentation démocratique
(son vote) est calqué sur une représentation domestique. La carte
électorale impose au citoyen de voter où il réside, où il a son domicile,
là où il dort. Ce système de représentativité démocratique ne correspond plus à
la réalité des réseaux et à leurs échelles ; il n’a pas évolué depuis la
création des départements en 1789.

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Programme :
Publication
Année de conception :
2014
Une réalisation Architectes Web Solution / Otoo Paris